Jimy Jecroix saison une

1

Arrivé à temps, au fond du verre, rampant mais vivant. Le premier new-yorkais à une première. Jimmy a encore le papillon célèbre et hier est à ses yeux ce qu’aujourd’hui est à la poésie : un portrait. L’installation est finie. Apparemment naturels, les gens autour. Et des assiettes cassettes cassées. Variation autour du thème des années 80.

Jimmy ressent dans ses bottes une forme d’opulence et une sorte de chose débridée. Deux-en-un hier et tout seul aujourd’hui. Le trottoir est luisant au départ de la galerie 79 mais sa prestigieuse conception du désarroi était avant tout un espace pour marcher. Et retrouver demain Lali Lone.

 

 

2

Les gens ont bougé. Jimmy contourne le bloc où il sera difficile de savoir si le lendemain était dans ses plans. Il porte un manteau romantique, un tergal qui joue les sentimentaux parce qu’il ne fait pas froid. Il lui va. Il lui vient. Par moments. Il arrive sur le champ de la catastrophe. En barres. Les aérofreins avaient crissé quand les gens ont bougé. Jimmy, lui, il voudrait qu’elle se mette à vibrer quand il y pense. Même loin. Même à Philadelphie. Bloc suspendu, pensif, suspensif. Comme une jeune fille 40 mètres plus loin. Les garde-fous clignotent plus vite, ils attendent un effet de foudre,  l’incroyable enchainement des éloignements. Des proches qui s’en vont, les moteurs allumés.

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SPÉCIAL 10 ANS

Extrait de l'atelier Quelque chose de rouge, en 2008.
ouliposture  :  début, fin ET HÉROS – poursuivant ou poursuivi- sont imposés. L’HISTOIRE se passe dans cinq salles au moins

 

 

RIRE, MOI, DANS LES FILMS

Je m’engouffre entre les portes battantes de l’aire des saignées. Je l’ai entendu. Dès l’entrée il a bousculé les crochets du hall d’abattage des bovins, le con. Encore un qui n’a jamais été la proie. Je vais me régaler à étrangler son petit cou avec ce qui restera dans la boyauderie. J’espère avoir le choix du bâillon. A tout hasard, je cherche dans la triperie un tronçon de colonpolypique, c’est la meilleure arme pour étrangler, ferme et élastique à la fois. Il y en a un, bien polypé, ça fait plus mal. Je traverse la salle d’abattage des caprins, je ne me presse pas : comme à chaque fois, il finira par se cacher dans la chambre froide, le con. Ils ne savent jamais qu’une fois enfermé dedans, il n’y a pas de poignée pour ressortir. Près des chevalets de dépouillement, je m’empare d’un couteau à dépecer, que je cogne aux tuyaux de la chaufferie, histoire de créer l’atmosphère. Ça m’a toujours fait rire, moi, dans les films, les tuyaux qui résonnent sur une musique miaulante. Mais eux, ça leur fait toujours peur, les cons.

 

Je jette un œil dans le vestiaire, au cas où. Là, une affiche : « 5 fruits et légumes frais par jour ». Bizarre pour un abattoir. Un relent sort de la salle des peaux. Il a dû passer par là. Je l’imagine recouvert d’une peau de vache. Ça me fait penser à « Peau d’âne ». J’ai toujours aimé ce film. Je le sais, il est dans la chambre froide. Aucune imagination, le con. Dans la salle des abats comestibles, je prends un foie pour mon chat, et un cœur, pour moi. Je n’en ai plus au congélateur. Ce sera bien, en rentrant, en regardant Peau d’âne, au petit matin… Un coup d’œil dans la salle des expéditions : il y est passé : ses chaussures ont marché dans une flaque de sang de bœuf et là, il m’indique le chemin, le con…J’ouvre la porte de la chambre froide, car il est temps d’en finir. Il est là, bien sûr, le con. Couteau, boyau, j’ai du mal à me décider. Il gémit : ce sera les deux. Il n’a même pas crié. Dommage. Je cherche dans le bureau à coté une étiquette d’expédition, c’est plus drôle. « Viande bovine, provenance France, race Charolaise » : ça fera parfaitement l’affaire… le con.

Il est temps de rentrer, mon chat m’attend. La lueur commence à poindre par la fenêtre du bureau de l’inspecteur.

 

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Instructions qui s’oublient

Ouliposture : Etoffer un mode d’emploi de quelques pièces détachées inventoriées au préalable.

 

une seule prise textes sans retouches

 

Maryse, la première fois que vous mettez votre téléphone sous tension, vous êtes invitée à créer un compte toupie et à cacher votre mèche sous votre casque. N’oubliez pas de mettre en sécurité votre porte-monnaie et votre porte clés. Pour émettre un appel d’urgence depuis le plateau pendant la configuration du compte et du téléphone, tapez sur urgence.

métier à tisser, animal amer

métier à tisser, animal amer

  Ouliposture du jeu : Retisser ensemble des fils et des fragments de textes 
histoires improvisées textes sans retouche

Animal amer

Longtemps il considéra ce veau en silence, suivant des yeux le mouvement des pattes, comme un flot grossi par la fonte des glaciers grondants. Il s’assit alors sur le bord du trottoir et se serait peut-être suicidé avec son verre de montre sans l’intervention d’un veau qui vient s’étendre à ses pieds, remuant faiblement les pattes comme un fin vaisseau qui roule bord sur bord et plonge.
Tout à coup je crois boire un vin de bohème, debout maintenant et large de trois mètres. Je me lève d’un bond en poussant un cri de terreur: le veau a huit mètres de longueur et des pattes de huit centimètres et son corps se penche et s’allonge. Les oiseaux picorent les débris de vaisselle, leurs vergues dans l’eau.

Tremblant de tous ses membres, il jette un regard furtif sur l’animal amer et vainqueur, grandement étonné. L’eau de sa bouche remonte au bord de ses dents et il tire une langue de vingt mètres, plate comme une feuille de papier, ciel liquide qui parsème  d’étoiles mon cœur.
C&L

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