Jimy Jecroix saison une

1

Arrivé à temps, au fond du verre, rampant mais vivant. Le premier new-yorkais à une première. Jimmy a encore le papillon célèbre et hier est à ses yeux ce qu’aujourd’hui est à la poésie : un portrait. L’installation est finie. Apparemment naturels, les gens autour. Et des assiettes cassettes cassées. Variation autour du thème des années 80.

Jimmy ressent dans ses bottes une forme d’opulence et une sorte de chose débridée. Deux-en-un hier et tout seul aujourd’hui. Le trottoir est luisant au départ de la galerie 79 mais sa prestigieuse conception du désarroi était avant tout un espace pour marcher. Et retrouver demain Lali Lone.

 

 

2

Les gens ont bougé. Jimmy contourne le bloc où il sera difficile de savoir si le lendemain était dans ses plans. Il porte un manteau romantique, un tergal qui joue les sentimentaux parce qu’il ne fait pas froid. Il lui va. Il lui vient. Par moments. Il arrive sur le champ de la catastrophe. En barres. Les aérofreins avaient crissé quand les gens ont bougé. Jimmy, lui, il voudrait qu’elle se mette à vibrer quand il y pense. Même loin. Même à Philadelphie. Bloc suspendu, pensif, suspensif. Comme une jeune fille 40 mètres plus loin. Les garde-fous clignotent plus vite, ils attendent un effet de foudre,  l’incroyable enchainement des éloignements. Des proches qui s’en vont, les moteurs allumés.

Les oreilles de Jimmy sont assaillies de questions qui se hasardaient là. Question belle, question bête, question bleue.

Contrôlés à nouveau sous le portique. L’effet de foule sans elle. Crash dans le vent des choses intimes. Ses genoux sont jaloux. Ses chevilles sont peut-être fragiles. Jimmy a vu les coudes de Lali se rebiffer mais ses épaules sont restées au sol. Harmonie conjugale.

3

A l’extrême sud de son sourire effilé, comme les anciens quais qui mènent droit à Alcatraz, Jimmy voyait bien la rue, mais Lali l’avait sûrement vue avant. Paupières traversées par l’idée de fuite. Savoir que les extrêmes sont enfermés ne rassure pas Jimmy. Comme décoré de marbre, le front de Lali jure avec les remous un peu sinistres qui s’échappent alentour. Derrière le bloc, la rumeur d’un concert le ramène dans la rue, le trottoir mouillé qui lui dit toujours la même chose.

Face à la mer sans doute est-elle à cet instant. Face à la mer a-t-elle posé corps lointain, peau sans remords, bouche pleine de souvenirs. Des œuvres complètes.

Si Jimmy faisait une découverte ce serait quelqu’un autre. Son tee-shirt n’a plus peur de rien. Après l’éclair et au-delà des portiques, les notes le guide, le concert lui jette des éclats et des larmes et des trépignements, pas de rancoeur mais peut être du chagrin. Flous et diffus, éclairés à la bougie on dirait.

Musiciens ? Sans adresse, sans trace, sans adieux, ils avaient quitté la scène le temps que Jimmy reprenne possession de ses esprits. A moins que le singulier. Après la mer, une grande salle de bains a du opérer la transformation. Jimmy est reparti.

La rue se goinfre de douceurs enivrantes, il fait si beau, si Indigo. Le bout des doigts tendu vers la lumière, il serait temps pourtant d’aller dormir. De traverser un peu le temps, de décrocher le panneau aujourd’hui et d’aller dans la remise récupérer celui de demain. Ou plus loin. Charmants totems qui bordent le silence du manque.

épilogue

Le bar est ouvert, en dessous des seize chambres, à côté du mistral, sur le bord des abysses, au dessus des projets incertains. Dîner avant. De beaux poissons. Lali a-t-elle rassemblé ses affaires? Escapade aux hybrides.