SPÉCIAL 10 ANS

Extrait de l'atelier Quelque chose de rouge, en 2008.
ouliposture  :  début, fin ET HÉROS – poursuivant ou poursuivi- sont imposés. L’HISTOIRE se passe dans cinq salles au moins

 

 

RIRE, MOI, DANS LES FILMS

Je m’engouffre entre les portes battantes de l’aire des saignées. Je l’ai entendu. Dès l’entrée il a bousculé les crochets du hall d’abattage des bovins, le con. Encore un qui n’a jamais été la proie. Je vais me régaler à étrangler son petit cou avec ce qui restera dans la boyauderie. J’espère avoir le choix du bâillon. A tout hasard, je cherche dans la triperie un tronçon de colonpolypique, c’est la meilleure arme pour étrangler, ferme et élastique à la fois. Il y en a un, bien polypé, ça fait plus mal. Je traverse la salle d’abattage des caprins, je ne me presse pas : comme à chaque fois, il finira par se cacher dans la chambre froide, le con. Ils ne savent jamais qu’une fois enfermé dedans, il n’y a pas de poignée pour ressortir. Près des chevalets de dépouillement, je m’empare d’un couteau à dépecer, que je cogne aux tuyaux de la chaufferie, histoire de créer l’atmosphère. Ça m’a toujours fait rire, moi, dans les films, les tuyaux qui résonnent sur une musique miaulante. Mais eux, ça leur fait toujours peur, les cons.

 

Je jette un œil dans le vestiaire, au cas où. Là, une affiche : « 5 fruits et légumes frais par jour ». Bizarre pour un abattoir. Un relent sort de la salle des peaux. Il a dû passer par là. Je l’imagine recouvert d’une peau de vache. Ça me fait penser à « Peau d’âne ». J’ai toujours aimé ce film. Je le sais, il est dans la chambre froide. Aucune imagination, le con. Dans la salle des abats comestibles, je prends un foie pour mon chat, et un cœur, pour moi. Je n’en ai plus au congélateur. Ce sera bien, en rentrant, en regardant Peau d’âne, au petit matin… Un coup d’œil dans la salle des expéditions : il y est passé : ses chaussures ont marché dans une flaque de sang de bœuf et là, il m’indique le chemin, le con…J’ouvre la porte de la chambre froide, car il est temps d’en finir. Il est là, bien sûr, le con. Couteau, boyau, j’ai du mal à me décider. Il gémit : ce sera les deux. Il n’a même pas crié. Dommage. Je cherche dans le bureau à coté une étiquette d’expédition, c’est plus drôle. « Viande bovine, provenance France, race Charolaise » : ça fera parfaitement l’affaire… le con.

Il est temps de rentrer, mon chat m’attend. La lueur commence à poindre par la fenêtre du bureau de l’inspecteur.

 

 

CE QUI ME SERT DE PEAU AINSI QUE MA CHEMISE

Je m’engouffre entre les portes battantes de l’aire des saignées. Cette fois-ci il ne m’échappera pas. L’obscurité de la back room du Grand Cirque m’a empêché de lui mettre la main dessus… ou dedans… hmmm dedans. Je m’engouffre jusqu’au fond des tripes… une triperie party ! oh oui ! En tout cas le voilà, et avec lui je m’engouffre entre les portes battantes de l’aire des saignées. je me retrouve soudain interloqué lorsque j’aperçois, suspendu au milieu des chèvres dans la salle d’abattage des caprins :  son string. Mais alors il est déjà nu ? Fonçons au vestiaire pour voir si d’autres vêtements sont sur les cintres. devant la chaufferie je m’arrête. Normal, il y fait chaud. j’enlève à mon tour mon veston, ce qui me sert de peau, ainsi que ma chemise. Me voici, haletant dans un abattoir, torse nu, échaudé, prêt à toute expédition pour arriver à mes fins. C’est là que je me retrouve dans la salle des abats comestibles, de quoi faire fonctionner mes mâchoires pour m’entrainer et ne surtout pas flancher quand je l’aurai attrapé. Après une séance de musculation stomatesque, je décide d’aller refroidir tout ça dans la chambre froide mais ça ne me suffit pas. Tous mes sens sont en émoi et je ne sais plus comment faire. ouf, le congélateur !. je m’y fous à poil, quand soudain un bruit semblant provenir du hall d’abattage des bovins. Je pousse la porte du congélo et je fonce. Le voilà ! au milieu des bovins.

– Va te faire refroidir dans la chambre froide, je lui envoie

– Passe plutôt par le bureau de l’inspecteur, me rétorque-t-il en disparaissant.

J’ai la boyauderie qui gargouille. Je suis nu moi aussi, le chevalet de dépouillement m’a eu ! Mais il ne m’a pas dépouillé d’excitation. J’éructe. Je jouis. Il est trop tard. La lueur commence à poindre par la fenêtre du bureau de l’inspecteur.

MA SUEUR À L’HORRIBLE PORC

Je m’engouffre entre les portes battantes de l’aire des saignées, haletant, longeant les murs couverts d’une sorte de suie rougeâtre et gluante. Mais peu importe, je sais que derrière, la bande de fachos surexcités veut me faire regretter d’être en vie et non conforme. Une odeur insupportable monte du sol spongieux et je dois me débattre avec les boyaux dégoulinants de la triperie où des hommes médusés de me voir continuent néanmoins de remplir de chair crue les intestins lavés. Il me faut sortir à tout prix de ce cauchemar tripier.

Apeuré par le bruit des bottes qui commence à remplir la pièce, j’arrive fébrilement à pousser une porte. Des cornes arrachées et encore saignantes par filaments me renseignent tout de suite, je suis bien dans la salle d’abattage des caprins. Cette salle où j’ai toujours refusé de bosser quand je donnais ma force de travail et ma sueur à l’horrible porc qui sert de gérant à cet abattoir. mais ici je suis encore trop proche de l’entrée pour espérer m’en tirer. Il me faut courir, à découvert hélas, vers la salle d’abattage des bovins. Je sais pas expérience que leur carcasse plus imposante me cachera plus efficacement que celui de leurs sœurs caprines. En plus, le bureau de ce porc d’inspecteur n’est pas loin et je sais qu’une sortie s’y trouve. Merde, il la surveille. Il l’a toujours bien surveillée, ce salaud, pour éviter aux fumeurs d’aller se faire plaisir dans l’arrière-cour. Bien. carcasse pour carcasse, il me reste à courir vers le chevalet de dépouillement, le treuil me permettra de prendre une bonne avance sur les abrutis qui veulent ma peau. Dépêche-toi mon gars, c’est comme si la bave des bergers allemands te coulait sur les chevilles.

Les ouvriers n’en reviennent pas de me voir débouler hurlant, accroché au treuil, mais peu importe, en moins de deux je me retrouve dans la chaufferie. Je ferme la porte et la bloque avec une barre de métal. Parfait, cela me laisse le temps de passer au vestiaire et d’enfiler une tenue différente de celle que je porte habituellement à mon poste sur la chaine des abats comestibles. j’aurais comme ça un léger répit si jamais je me retrouve nez à nez avec mes poursuivants. Je suis chanceux dans mon drame : les gars des salles des peaux et de la boyauderie sont benêts qu’il n’en peuvent plus. aucun risque qu’ils disent aux chemises noires que je suis passé par chez eux. Merde ! même avec cet avantage, les fachos font des rondes dans le hall d’abattage des bovins avec des lampes torches surpuissantes. Impossible de leur échapper. Pourtant je vais bien par delà les carcasses de vaches mutilées que l’inspecteur a quitté son bureau. Tant pis, il va me falloir traverser le plus vite possible le congélateur et la chambre froide.

je paye un benêt de la salle des peaux pour qu’il surveille et tienne les portes ouvertes. Je ne veux pas finir figé dans la glace. Par chance, il est tellement sot que même les sbires de ce porc d’inspecteur ne lui demanderont rien. Enfin la salle d’expédition. Heureusement que j’avais un jour par hasard découvert la porte dérobée derrière l’immense pyramide de pièces rouges. C’est bon, les fachos cherchent toujours dans la grande salle d’abattage ; il me faut tout de même y retourner à quatre pattes derrière les chaine de démembrement pour pouvoir pénétrer dans l’autre chambre froide. Ils m’ont vu, ils hurlent, ils vont me faire la peau. L’inspecteur me voit. Tant pis, j’agrippe le porc d’inspecteur et le menace avec un crochet à vache. Il se débat. Je lui tranche la gorge. Je regarde dehors. La lueur commence à poindre par la fenêtre du bureau de l’inspecteur.

 

DANS LES POILS DU MUSEAU DE LA VACHE

Je m’engouffre entre les portes battantes de l’aire des saignées.

Derrière moi, courant de peur, ma sœur, Pucine 2, oui moi je m’appelle Pucine 1ère, d’où ma place dans la course. Maman avait dit : on est obligé, ce jour c’est celui de la course. A dos de vache, nous allons aux abattoirs.

Devant moi, un homme qui sent la sueur et le sang dirige notre petite famille de puces vers le chevalet de dépouillement. Rien à déclarer ! Bon passons au vestiaire, dévêtez-vous !

Cachées dans les poils on observe, il est gros et gras cet homme, il souffle comme un bœuf. Et les bœufs, ça nous connait !

Une musique mortuaire se fait entendre, le Requiem de je-ne-sais-plus-qui…oui, Fauré ! ah les forêts…j’crois qu’j’préfère aux abattoirs. Et la course continue : hall d’abattage des bovins, je reste dans les poils du museau de ma vache ; on passe à la salle des peaux, à la boyauderie (j’ai bien fait de choisir le museau), puis la salle des abats comestibles, mais qu’est-ce que je fais là moi ? Ils se seront trompés, emmenant la tête de ma vache avec ses viscères…Sous les amas gélatineux, je change de crèmerie, la tête ils vont la couper, pas la tripaille ! J’y saute. Ça ne manque pas, ils ouvrent la triperie, et là c’est la douche, nettoyée, aspergée, récurée, les Grandes Eaux quoi ! J’entends le gros homme bovin parler de chambre froide, de congélateur, non ! Pitié, moi j’aime les tropiques. Deux solutions, attraper le poil d’un gaillard qui part à la chaufferie, ou la sortie, au plus vite ! Toute propre que je suis, je pourrais monter en hiérarchie et retrouver la chaleur du soleil. Rester planquée dans la tripaille, ah non, elle finit toujours en chambre froide…ou sauter sur le beau gosse qui vient d’entrer, tiens ! Avec ses airs importants, il me plait bien, je lui saute sur le poil, il reprend sa route dans le dédale des couloirs de cet enfer, passe de l’abattage des caprins, entre dans une pièce claire et chaude ! Sauvée ! …La lueur commence à poindre par la fenêtre du bureau de l’inspecteur.