Minuit

La luciole de minuit s’est posée

sur la manche de ma robe.

C’est étrange.

Haïku populaire japonais – cité par Lafcadio Hearn dans Kottô (Mercure de France- collection Mille pages). Traduction : Joseph de Smet

La manche de ma robe

à minuit presque flanche.

C’est l’alcool.

 

L’étrange de la nuit

mange la folle et s’enfuit.

C’est ma robe.

 

C’est l’ennui.

La luciole s’est enrobée dans la nuit,

sous sa robe.

 

Sur ma manche,

c’est étrange, tant d’ennui,

tant de poses.

 

La luciole déposée

Sur la tranche de minuit

Se dérobe, elle s’enfuit.

Jimy Jecroix saison une

1

Arrivé à temps, au fond du verre, rampant mais vivant. Le premier new-yorkais à une première. Jimmy a encore le papillon célèbre et hier est à ses yeux ce qu’aujourd’hui est à la poésie : un portrait. L’installation est finie. Apparemment naturels, les gens autour. Et des assiettes cassettes cassées. Variation autour du thème des années 80.

Jimmy ressent dans ses bottes une forme d’opulence et une sorte de chose débridée. Deux-en-un hier et tout seul aujourd’hui. Le trottoir est luisant au départ de la galerie 79 mais sa prestigieuse conception du désarroi était avant tout un espace pour marcher. Et retrouver demain Lali Lone.

 

 

2

Les gens ont bougé. Jimmy contourne le bloc où il sera difficile de savoir si le lendemain était dans ses plans. Il porte un manteau romantique, un tergal qui joue les sentimentaux parce qu’il ne fait pas froid. Il lui va. Il lui vient. Par moments. Il arrive sur le champ de la catastrophe. En barres. Les aérofreins avaient crissé quand les gens ont bougé. Jimmy, lui, il voudrait qu’elle se mette à vibrer quand il y pense. Même loin. Même à Philadelphie. Bloc suspendu, pensif, suspensif. Comme une jeune fille 40 mètres plus loin. Les garde-fous clignotent plus vite, ils attendent un effet de foudre,  l’incroyable enchainement des éloignements. Des proches qui s’en vont, les moteurs allumés.

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métier à tisser, animal amer

métier à tisser, animal amer

  Ouliposture du jeu : Retisser ensemble des fils et des fragments de textes 
histoires improvisées textes sans retouche

Animal amer

Longtemps il considéra ce veau en silence, suivant des yeux le mouvement des pattes, comme un flot grossi par la fonte des glaciers grondants. Il s’assit alors sur le bord du trottoir et se serait peut-être suicidé avec son verre de montre sans l’intervention d’un veau qui vient s’étendre à ses pieds, remuant faiblement les pattes comme un fin vaisseau qui roule bord sur bord et plonge.
Tout à coup je crois boire un vin de bohème, debout maintenant et large de trois mètres. Je me lève d’un bond en poussant un cri de terreur: le veau a huit mètres de longueur et des pattes de huit centimètres et son corps se penche et s’allonge. Les oiseaux picorent les débris de vaisselle, leurs vergues dans l’eau.

Tremblant de tous ses membres, il jette un regard furtif sur l’animal amer et vainqueur, grandement étonné. L’eau de sa bouche remonte au bord de ses dents et il tire une langue de vingt mètres, plate comme une feuille de papier, ciel liquide qui parsème  d’étoiles mon cœur.
C&L

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